La lune taillait des ombres précises sur le gravier du cimetière municipal, ce lieu si select où reposent les grandes familles. Nous avions fui la fête chez Thomas, sa villa aux lustres de cristal et à la musique d’Halloween qui cognait trop fort. Trop de rires forcés, de masques ridicules. Hugo ajusta sa veste sur mesure. Moi, Élodie – ou Anonyme ce soir –, ma cape de soie noire glissait sur mes épaules nues, mes bijoux en or fin tintaient doucement. L’air froid portait des effluves de chrysanthèmes rares et de terre humide.
— Tu es sûre ? murmura-t-il, son regard accrochant le mien sous la lueur de sa lampe.
L’Approche
— Non. Mais c’est exclusif. Calme. À nous.
Nous franchîmes le portail muet. Devant la stèle de Louise, 1896-1917, vingt-et-un ans figés dans le marbre poli. Hugo versa l’hydromel doré de sa flasque en cristal, un nectar doux comme du champagne millésimé, piquant la gorge. Je bus. Un cercle luisant se forma autour de la bougie blanche. À Louise, trinquai-je intérieurement. Le froid remonta mes chevilles gainées de bas résille. Son bras, chaud, vivant. Direction le mausolée moussu, petit joyau de pierre sculptée, air chargé de moisissure noble.
Il ferma la porte. Flash de portable. Ma main sur sa bouche. Paume chaude. Yeux qui s’accrochent. La cape glisse sur la dalle froide, soie froissée contre ma peau. Je m’assois, jambes croisées, bas luisants. Le silence feutré enveloppe tout, brisé seulement par nos souffles.
— Faire l’amour ici protège-t-il des fantômes ? soufflai-je.
— On va voir.
Deux bougies crépitent, mèches courtes, insectes prisonniers dans la cire. Il s’approche. Main dans la main. Baiser maladroit, puis profond. Chaleur qui chasse la pierre. Peur dans les paumes, désir sous la langue.
Je m’étends sur la cape, bras levés, collier de perles roulant sur ma clavicule. Goutte-à-goutte du mur, tic-tac humide. Sa chemise s’ouvre sous mes ongles. Peau chaude.
— Vampire, mords-moi, dis-je, pouce sur sa lèvre.
Ses mains cherchent. Je guide. Doigts sous le tissu fin de ma robe, frôlent mon sein. Téton durcit, roule entre phalanges. Arc-boutée, souffle claquant. Paume sur fesse fraîche. Griffures, lèvres sur gorge. Baiser bas, langue tiède.
La bougie vacille. Frisson des murs.
L’Explosion
— Viens, ordonne-je.
Ses doigts hésitants trouvent ma chatte humide, glissent dedans. Je gémis, le tire par les cheveux.
Dans le mausolée, l’air s’épaissit. Bougies dansent. Sa queue dure contre ma cuisse, soie des bas qui frotte. Je l’attrape, la caresse, veine gonflée sous mes doigts manucurés. Il grogne.
— Baise-moi fort, Hugo. Oublie les morts.
Il entre d’un coup, surprise brûlante. Pierre froide contre dos, mais nos corps en feu. Hanches claquent, rythme sauvage. Ma chatte l’enserre, mouillée, serrée. Ses doigts enfoncés dans mes hanches, ongles marquant la peau. Je griffe son dos, perles qui tintent au choc. Souffles rauques, « Plus fort, là, putain oui ! » Silence du lieu avale nos cris étouffés. Tétons frottés contre sa poitrine, sueur salée sur langue. Il accélère, bite profonde, me remplit. Orgasme monte, cuisses tremblent, se referment. Je mords sa lèvre, sang sucré. Il jouit en moi, chaud, désordonné. Corps vibrent, cœurs martèlent. Odeur de cire, sueur, hydromel.
Bougie s’éteint. Noir quadrillé par la lune. On reprend, tactile. « Là, comme ça, ta queue en moi… » Rires courts. Goutte-à-goutte stoppe. Porte soupire. Mèche rallume seule. Je jouis encore, dos cambré, retenant le cri pour les gravures.
Calme revient, luxueux. Je me redresse, pommettes roses, regard clair. Cape soyeuse sur peau moite. Bijoux ajustés, bas filés ignorés. Élégance intacte. On sort, main dans main. Devant Louise, cercle de cire parfait, L sombre. Froid rayonne. Vent frémit.
— Chez moi ? propose-t-il.
— Pas ce soir, Anonyme s’efface.
Gravier avale nos pas. Rue aux lampadaires orangés. Sourire doux, sans mots. Je disparais dans la nuit, haute société m’engloutit. Fantômes gardent le secret.