Les lustres du XIXe siècle diffusent une lumière tamisée sur l’immense salle de la brasserie de la gare. Minuit passé, nous sommes presque seuls, lui et moi. Christian ronfle déjà chez moi, épuisé par Malville. Ce punk de 19 ans, crête iroquoise ramollie par la pluie, main blessée que j’ai soignée avec mes doigts chauds. Ses yeux noisette – non, les miens brillent derrière mes lunettes posées. Il me fixe, muet depuis la manif ratée, le concert de blues qui nous a scotché. Le vieux Noir à la guitare métallique, son harmonica gémissant l’amour perdu, les voyages en train. Sa main valide dans la mienne, encore moite du trac.
Je commande du champagne, Moët & Chandon, bulles fines qui crépitent sur ma langue. Goût acidulé, frais, qui monte à la tête. Pas le mauvais vin qu’il aurait choisi. ‘À la vie qui vaut la peine, malgré la souffrance’, dis-je, citant le bluesman. Nos regards s’accrochent. Le sien, rage punk et adrénaline résiduelle. Le mien, feu caché sous perles et chemise d’homme en soie fluide. Le serveur s’éloigne, tapis moelleux étouffent ses pas. Silence feutré, décorum bourgeois. Mais sous la table, mon pied nu effleure sa cheville. Il tressaille. Je sens sa queue durcir à travers son jean trempé. Le jeu commence : sourire en coin, lèvre mordue. ‘Tu bandes pour moi, petit rebelle ?’ murmure-je, voix rauque comme le blues. Il rougit sous sa crête. Je décide. Ce soir, les convenances craquent. ‘Viens chez moi. Christian dort. On baise.’ Il hoche la tête, docile enfin.
L’Approche
L’ascenseur n’existe pas. Sixième étage, immeuble haussmannien, escalier en marbre usé qui résonne de nos pas pressés. Porte claquée. Christian par terre, couvert d’une couverture fine. Lit une place, draps soyeux que j’ai volés à mes parents chics. Je plaque le punk contre l’évier, plaque électrique encore chaude de la soupe en sachet. ‘Déshabille-moi, salaud.’ Mes mains sur sa braguette, sa queue jaillit, épaisse, veinée, odeur musquée de sueur et pluie. Il arrache ma chemise, soie glisse sur mes seins nus, tétons durs comme épingles à nourrice. Je mords son cou, goût salé. ‘Baise-moi fort, comme tu voulais cogner les flics.’ Il me soulève, lit étroit grince. Jambes écartées, je guide sa bite en moi. Mouillé, serré, il s’enfonce d’un coup sec. Chocs brutaux, chairs claquent contre le silence de l’appart. ‘Putain, t’es une chatte de luxe, Sophie !’ grogne-t-il. ‘Tais-toi et pompe plus profond.’ Harmonica du blues en écho dans ma tête, rythme cardiaque sur grosse caisse. Sa main blessée – sparadraps – agrippe ma hanche, sang neuf perle. Douleur exquise. Je griffe son dos, lames imaginaires. Orgasme monte, vague bluesy. ‘Je jouis, punk !’ Cris étouffés, corps secoués. Il explose en moi, sperme chaud gicle, lit trempé. Sueur perle, peaux collantes, haleine champagne et tabac.
Calme retombe, luxueux comme un écrin. Draps satin froissés, soie tiède sur peau rougie. Je me lève, nue encore, pieds sur descente de lit tachée – sang et foutre mêlés. Miroir fêlé : cheveux châtains en bataille, frange coupée maison, yeux noisette repus. Je passe ma robe élégante, perles aux oreilles, rouge à lèvres vif. Lui, hébété sur le lit, crête défaite, queue ramollie. ‘C’était du blues pur, ça.’ Je souris, sophistiquée. ‘Anonyme dans la haute, feu punk en moi.’ Porte ouverte, je disparais dans l’escalier. Anonymat de la nuit lyonnaise, élite qui ne sait rien de mes privilèges charnels. Il ne me reverra pas ce soir. Mais le feu couve.